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Voilà un petit bout du temps que nous n’avions parlé de livre photo. En voilà un qui mérite toute notre attention. Ce n’est pas une nouveauté mais un ouvrage phare du photo-journalisme : Vietnam.inc, de Philip Jones Griffith. Un témoignage précieux sur la guerre du Vietnam, qui nous fait comprendre avec force comment le gouvernement américain de l’époque a voulu imposer son idéologie en cassant le système fondamental du village propre au Vietnam. Des photos tantôt sublimes, tantôt atroces, toujours poignantes et systématiquement accompagnées de texte extrêmement précis et riche en information. Trois années durant, de 1966 à 1969, Philip Jones Griffiths a parcouru le Vietnam. Trois années pendant lesquels Il sillone le pays en tant que photographe free lance pour l’agence Magnum. Il va de villes en villages, de bordels aux cimetières, en passant par les zones de combat. Il reste auprès des habitants, des travailleurs et des combattants, observe, écrit et photographie. Peu à peu l’oeil-témoin gagne la confiance des Vietnamiens et apprend quelques mots de leur langue. C’est d’ailleurs ce qui le différencie alors des soldats américains dont le fossé culturel avec les vietnamiens (il était gallois) et la barrière de la langue rend tout dialogue impossible. C’est d’ailleurs selon Griffith une des raisons de la victoire des vietnamiens sur l’armée américaine : à la fois leur façon d’acquiescer toujours avec le sourire en faisant mine de comprendre les américains et sans jamais dire « non » (le mot « non » n’existe d’ailleurs pas en vietnamien). La langue vietnamienne fût ainsi une des principales armes des vietnamiens. Monosyllabique et tonale, cette langue implique qu’il peut y avoir plus de 8 façons pour prononcer un même mot écrit. Chaque variation d’accent changeant complètement le sens du mot, à tel point qu’un chirurgien enrhumé ne prend pas le risque d’opérer de peur de se faire mal comprendre par ses assistants (cf. Griffith). En 1971, quand ce reportage paraît sous le titre de Vietnam Inc, il fait l’effet d’une bombe aux Etats-Unis, nourrissant ainsi le mouvement de contestation de la guerre au Vietnam qui se réapproprièrent le témoignage de Griffiths pour dénoncer l’immoralité et l’absurdité de cette guerre. « On y voit des images de soldats désemparés, consternés et abattus par le spectacle de Vietnamiens aux membres arrachés ; une paysanne qui pleure sur la tombe de son fils creusée dans les roseaux ; un civil qui porte un enfant blessé » (Céline Darner). On y voit également la photo mondialement connue d’une fillette nue courrant après une explosion de napalm et dont l’expression de terreur et de désarroi a grandement contribué aux renversement de l’opinion publique ; d’un viet-cong resté trois jours durant avec les tripes à l’air qu’il a pris soin de ramasser et de mettre dans un bocal pour pouvoir survivre ; de filles réduites à la prostitution et de cette résignation propre aux vietnamiens qui a fait en grande partie leur force. Vietnam. Inc, ce sont 266 images en noir et blanc exposées sur un format A4 et qui dénoncent la machine de guerre américaine, qui est aussi et surtout, une industrie de guerre. Le titre même de l’ouvrage de Griffiths traduit cette donnée : Inc pour Incorporated, c’est-à-dire Société anonyme. A ces images terribles de vérité, ont ne peut dissocier les textes du photo-journaliste, précis, documenté et argumenté. On sent qu’il y a un parti pris dans la voix de l’auteur, mais celui-ci n’est pas né de préjugés mais bien de vécu. Enfin, Griffiths explique avec précision comment les américains ont mené leur politique de déruralisation afin de détruire le système du village, pilier de l’autonomie vietnamienne et f ondement de leur culture. Politique de « pacification » qui consistait alors à réduire le pouvoir des villageois en les enfermant dans des ghettos urbains loin de leur terre et de leur tradition, et où ce sont multipliés depuis les signes d’une société de consommation alors inconnue aux vietnamiens. Il existe même un mot pour cela : l’acculturation : action qui consiste à modifier la culture d’un peuple par assimilation (souvent forcée) d’éléments culturels étrangers. Philip Jones Griffiths, signe ici un ouvrage référence. Une claque dans l’histoire du photojournalisme, une claque pour le réveil des consciences. • Relié: 224 pages • Editeur : Phaidon (10 Déc 2001) • Collection : Photographie • Langue : Français • ISBN: 0714893099 • Dimensions (en cm): 3 x 20 x 28 PRIX : environ 19 euros - Voici la présentation de l’éditeur :
VIETNAM INC., deux mots pour un titre explicite. INC. est l’abréviation pour “Incorporated” qui en français serait traduit par SA- Société Anonyme d’une industrie de la guerre. Ce livre de 1971, devenu un classique, est l’une des études les plus détaillées jamais réalisées sur la guerre; c’est aussi le premier livre qui attire l’attention sur la métamorphose d’une opération militaire au sol en une technologie de mort automatisée et impersonnelle. Les combattants de terrain rentreront chez eux et la guerre se poursuivra sans eux, par bombardements aériens. L’écho auprès de l’opinion publique américaine fut extraordinaire, au point que le livre fut rapidement épuisé. Textes et images de Philip Jones Griffiths, préface de Noam Chomsky La publication par Phaidon de ce classique est le fac-similé de l’édition originale: le titre, la mise en page, le nombre de photographies et les chapitres sont exactement les mêmes que dans le livre de l’edition originale. D’une ironie et d’une intelligence cinglantes, VIETNAM INC. apporte la synthèse de trois années de reportage: à travers 266 photographies noir et blanc, Griffiths dresse le portrait d’un pays, de ses villages, de ses habitants, travailleurs et combattants, et de ses envahisseurs. Dans le chapitre intitulé “Le fossé de la communication”, l’auteur démontre quelle a été la plus belle arme du Vietnam: sa langue écrite et parlée, souvent incompréhensible pour les occidentaux. Noam Chomsky rend hommage au livre en préfaçant la nouvelle édition. Il analyse le conflit avec le recul de trois décennies et fournit des informations historiques sur les décisions prises par les présidents américains et leur Etat Major: l’intensification de la guerre, l’urbanisation forcée et violente des Vietnamiens, la lutte contre le communisme et la guerre à distance. Comprendre un peuple, dénoncer la guerre: Griffiths, citoyen britannique, arrive en 1966 sur le front en tant que photographe et auteur, avec pour mission première de réaliser pour l’agence Magnum un reportage de guerre qui deviendra le livre. En gagnant la confiance des Vietnamiens, il a su trouver dans son voyage infernal l’identité d’une nation organisée en villages, autour des rizières: son témoignage décrit leur personnalité, l’histoire qui les a façonnés, leur société qui a été brisée. En montrant les horreurs de la guerre tout en décrivant la vie rurale vietnamienne, l’auteur offre des arguments convaincants contre le pouvoir déshumanisant de la guerre moderne et l’impérialisme américain. Source : http://www.leblogphoto.fr/photo-journalisme-vietnaminc-un-ouvrage-de-reference/03009 |